Quel devenir politique pour le président Moubarak


L’opération chirurgicale du président  égyptien Hosni Moubarak relance les questions sur la communication officielle autour de sa santé, sur les institutions et sur son avenir politique à  l’approche de la présidentielle de 2011, soulignent des experts et des  commentateurs.
L’hôpital d’Heidelberg (sud-ouest de l’Allemagne) qui a procédé samedi à une ablation de la vésicule biliaire et au retrait d’un polype du duodénum, a fait savoir dimanche que M. Moubarak, 81 ans, “allait bien”, et la télévision publique égyptienne a qualifié son état de “stable”.
Dès samedi soir, les médias officiels ont indiqué qu’il avait pu parler à  son réveil à son épouse Suzanne présente à son chevet, et ont souligné que l’intérim était assuré par le Premier ministre Ahmed Nazif.
Cet effort de communication, rare pour un président au pouvoir depuis 29 ans dont la santé est considérée comme un quasi-secret d’Etat, est bienvenu mais  il soulève aussi de nombreuses questions, relèvent des analystes politiques.
“Il y a un manque général de confiance entre le gouvernement et la population. Les communiqués (sur la santé du chef de l’Etat) ne font pas grand-chose pour répondre aux grandes questions”, estime Imad Gad, du Centre al-Ahram d’études politiques.
“C’est un régime fermé. Personne ne sait vraiment de quoi souffre le  président”, ajoute-t-il.
Abdallah al-Senawy, éditorialiste de l’hebdomadaire al-Arabi, doute que l’effort de transparence sur cette opération marque un changement durable. “Le rideau de silence va tomber à nouveau sur la santé du président”, prédit-il.
L’hospitalisation pour une durée non précisée du raïs pose aussi la question de l’absence d’un vice-président chargé de l’intérim.
Contrairement à ses prédécesseurs Gamal Abdel Nasser et Anouar al-Sadate, M. Moubarak, lui même un ancien vice-président, n’a pas recréé cette fonction depuis sa prise de pouvoir en 1981.
Le Premier ministre Ahmed Nazif “a-t-il réellement la capacité de diriger l’Etat? Peut-il émettre des décrets présidentiels pour amender la Constitution? Peut-il recevoir de hauts dirigeants étrangers comme le ferait le président?”,  se demande Mohamed Amin, éditorialiste du quotidien d’opposition al-Wafd.
Pour l’heure on ne sait pas si le vice-président américain Joe Biden, attendu au Caire dans les prochains jours dans le cadre d’une tournée régionale, pourra rencontrer M. Moubarak, ou s’il devra se contenter de voir M. Nazif, qui n’a qu’un poids limité en politique étrangère.
Cette hospitalisation pose également la question d’un pouvoir centré autour du président, et où le fils cadet de M. Moubarak, Gamal, est malgré le mutisme officiel largement considéré comme un successeur possible de son père.
Le président Moubarak n’a toujours pas fait savoir s’il briguerait un 
sixième mandat l’an prochain. Il avait déclaré en 2005 qu’il voulait rester en place jusqu’à son “dernier souffle”.
“Nous savons tous que c’est le bureau politique qui dirige le  gouvernement”, estime M. Amin, en référence aux instances dirigeantes du Parti national démocratique (PND) au pouvoir, où siège Gamal Moubarak.
Ibrahim Eissa, rédacteur en chef du journal al-Dostour, qui avait été condamné à une peine de prison en 2008 pour avoir écrit sur la santé de M. Moubarak, souligne que seule l’élection de 2011 pourra vraiment déterminer l’avenir du pays.
“Comment convaincre M. Moubarak que le temps du changement est venu? Les élections approchent et c’est la voie à suivre”, estime-t-il

elkhabar



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