Le makhzen du business royal
En dix ans de règne, il a lancé de grand chantiers de développement, attiré des investissements étrangers, une option qui a renforcé son poids et sa fortune, mais sans pour autant qu’elle réduise le chômage et l’analphabétisme
Dès son intronisation le 30 juillet 1999, le roi Mohammmed VI, affublé par ses détracteurs du titre du «roi le plus riche des pauvres», a lancé un programme de développement baptisé «Le plan émergence «, destiné à moderniser les infrastructures – autoroutes dont celles de Marrakech-Agadir (233 km) et Fès-Oujda (320 km) – pour un montant de 12,5 milliards de dirhams. Il lance en 2003 le projet du port Tanger-Med pour un 11 milliards de dirhams tandis qu’il ambitionne d’investir une somme d’un milliard de dollars d’ici à 2012 dans le développement des aéroports qui accueilleront 36 millions de voyageurs à l’horizon 2012 contre 26 millions actuellement. «Le plan émergence» est sensé surtout créer quelque 440 000 emplois à l’horizon 2013. Le chômage représente au Maroc 19% de la population active selon les chiffres. Les capitaux étrangers favorisent la mise en oeuvre de ce programme. «N’étaient les investissements étrangers, le Maroc serait devenu l’Ethiopie avec une population de près de 40 millions «, a affirmé au Jeune Indépendant l’expert économique marocain R. Ouifak basé à Casablanca. «Le règne du roi Mohammed VI est surtout marqué par des réformes tous azimuts controversées, mais les projets lancés depuis 2000 ont permis à l’économie de générer de la croissance», a-t-il dit en soulignant que l’agriculture et le tourisme qui constituaient, autrefois, deux segments phares de l’économie marocaine sont en nette repli dans le schéma productif actuel du royaume. Ces investissements ont conduit le makhzen (l’establishment) a changé de visage mais pas de méthodes. «Le makhzen est devenu économique plus que politique. Il fait du business en s’appuyant sur une nouvelle équipe dirigeante désignée par le roi, dont la plupart des membres sont ses amis d’école», a-t-il dit. Il s’agit surtout de Fouad Ali el-Himma et de Mounir Majidi. Deux personnalités, devenues en dix ans, les plus influentes du Maroc. Le premier est ministre délégué de l’Intérieur, tandis que le second est chargé de la gestion de la fortune royale en tant que chef du secrétariat particulier du roi. A ces deux-là s’ajoutent Mohamed Rochdi Chraibi, au cabinet royal, et Mostafa Terrab, le directeur général de l’Office chérifien des phosphates. Les familles du makhzen Après avoir écarté ou réduit le rôle au sein du carré royal des anciens proches collaborateurs de son défunt père dont Meziane Belfqih, Mohamed El-Moatassem, Andrey Azoulay, Abbas Djerrari et Zoulikha Nasseri, le jeune souverain s’entoure de grandes familles d’industriels, propriétaires de holding qui se mettent immédiatement à son service. Il s’agit du holding familial Benjelloun qui possède la banque BMCE, BASF, Saida Star Auto, Maghrebail, Salafin, CFG, du Groupe Chaâbi (Dimatit, Aswak Assalam, Super Cérame, Plastumar, SNEP, Hôtellerie, Textile, Agroalimentaire, Bâtiment, Crédit à la consommation), du Groupe Akhannouch (Afriquia, Akwa Holding, Maghreb Gaz, Maghreb Oxygène, Nouvelle Tribune, Médi Télécom) Groupe Agouzal (Chimicolor, Huileries de Meknes, Conserveries, Moulins, tanneries) du Groupe Lamrani Karim (Foodipex, Marotrans, SMEIA, SMM Socodam Davum, Crédit du Maroc, Bois de l’Atlas, Marocéan, Imm Procter & Gamble), du Groupe Zniber (Ebertec, Celliers de Meknes, Atlas Bottling, S.n.v.) du Groupe Kettani (Wafabank et filiales, l’Economiste, Agroplus, Tisbrod, Manar), du Groupe BenSalah (Atlanta assurances, Comptoir métalurgique, Otis Maroc, Oulmes, Sanad, Smdc, Orbonor) du Groupe ElAlami (Jacob Delafon, Snr, Aluminium du Maroc, Structal, Industube, Afric Industries) du Groupe Amhal (Omafu, Somepi, Tissir PrimaGaz, Jorfgaz), du Groupe Sekkat (Ingelec, 10 Rajeb, Maghreb Steel) Des informations publiées par la presse marocaine font état du contrôle par la famille royale des sociétés Bimo, Cosumar, Centrale laitière, Managem, Axa Assurances, Marjane (avec Auchan), Sopriam (importateur Peugeot/ Citroën), Tractafric, Brasseries du Maroc. La fortune royale est estimée à 9 milliards de dirhams. Mais l’homme le plus riche du Maroc et qui est aussi l’ami du roi est Anas Sefrioui. Le patron de l’immobilier qui a introduit sa société en bourse a bâti, en dix ans, une fortune de l’ordre de 25 milliards de dirhams. Les points noirs Les projets lancés par le Roi Mohammed VI ont favorisé l’expansion de la corruption. Le fléau a empiré depuis dix ans selon Transparency International qui a classé le Maroc à la 80e place sur 177 pays. La corruption reste largement pratiquée à tous les niveaux. Selon l’Instance centrale de prévention de la corruption (officielle), le Maroc a « chuté de la 37e place sur 90 Etats en 2000 à la 80e place sur 180 en 2008 «. Les inégalités sociales entre riches et pauvres s’accentuent notamment dans les zones rurales alors que plus de 40 % de la population marocaine est encore analphabète. Selon le rapport mondial sur le développement humain 2007-2008 du Programme des Nations unies pour le développement, le Maroc occupait la 126e place. Si l’économie a permis au Maroc de prendre des couleurs, les droits de l’homme et la liberté de la presse constituent des points noirs du règne de Mohammed. La justice est loin d’être indépendante. Reporters Sans Frontières qui a dressé un bilan de la situation de la liberté de la presse au Maroc depuis 1999, a affirmé que «les espoirs nés de l’arrivée au pouvoir de Mohammed VI se sont progressivement évanouis». L’année dernière, le Maroc occupait le 122e rang sur 173 pays classés dans le monde. Par la même, des ONG marocaines dénoncent l’absence d’indépendance de la justice et affirment que la torture et les détentions arbitraires se sont poursuivies sous le règne de l’actuel monarque alors que la population est de moins en moins impliquée dans la politique. Lors des dernières législatives, plus de 60 % des Marocains ne sont pas allés voter. De plus en plus de Marocains pensent que voter ne sert à rien, puisque finalement, c’est le roi qui décide tout
le jeune independant
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